Au démarrage, l'embrayage et le différentiel à glissement limité mordent fort pour une accélération brutale qui vous enfonce profondément dans votre siège. Lorsque le nez se soulève, on peut presque voir le capot se tordre légèrement sous l'effet du couple. La deuxième vitesse permet d'atteindre plus de 110 km/h, les rapports étant assez rapprochés pour maintenir l'élan.
Les chiffres grimpent inexorablement au milieu du rugissement des gros carburateurs Weber et d'un hurlement primitif et grave qui résume l'essence même du son que devrait produire un six cylindres en ligne. On entend un léger grésillement au niveau du levier de vitesses, mais celui-ci se déplace de manière positive et semble donner à votre paume une connexion directe avec les engrenages. La synchronisation est puissante mais discrète, tous les rapports étant relativement silencieux.
Il arrive parfois que vous perdiez votre place en passant rapidement de la deuxième à la troisième, mais vous apprenez à laisser le levier trouver son chemin tout seul. Les freins sont plus efficaces une fois chauds, lorsque la pédale offre une bonne sensation, mais le nez plonge sensiblement lorsque vous voulez vous arrêter rapidement. Lorsque vous atteignez la vitesse maximale de 160 km/h, la GT commence tout juste à s'intéresser. Appuyez à nouveau sur l'accélérateur, qui offre une action délicieusement douce grâce à un ressort de rappel ferme, et la poussée continue, balayant avec dédain le trafic moderne.
Dans un monde où régnaient les berlines maladroites du début des années 1960, la domination de l'Aston devait laisser les autres automobilistes bouche bée : un flou de peinture profonde et impeccable, une brève impression d'alliage tendu et de Borranis étincelants, puis un ronronnement rauque qui en disait long sur son prix exorbitant et son élan épique. Le volant en bois chaud se tord doucement entre mes mains alors que nous filons sur l'autoroute. Lourd et pesant à l'arrêt, il est d'une grande précision une fois en mouvement. Dans l'ensemble, la DB4GT se conduit de manière impressionnante, mais n'est pas vraiment délicate.
Il est guidé par son nez et a tendance à déraper, mais il est tout à fait possible de le configurer pour qu'il négocie les virages, en évaluant la direction générale grâce à une direction précise et musclée très satisfaisante, et en ajustant l'angle de braquage avec l'accélérateur. Les pédales sont faciles à actionner, ce qui permet de freiner et de changer de vitesse de manière assez fluide, mais les sièges offrent peu de possibilités en termes de positionnement.
Lorsque la voiture prend de la vitesse sur ses pneus radiaux Avon, vous avez tendance à serrer le volant encore plus fort pour garder votre place. Dans les virages rapides et ouverts, vous êtes beaucoup moins conscient du roulis et vous pouvez régler l'attitude de la voiture à l'aide de l'accélérateur, entre le sous-virage et la neutralité, les deux extrémités adhérant de manière égale, ou appuyer plus fort pour faire déraper les roues arrière.
Les virages plus lents ralentissent la progression ; soudain, la direction semble plus dure que ne le suggèrent les 2,5 tours de volant, et il faut fournir beaucoup d'efforts pour maintenir la cadence dans une succession d'épingles à cheveux reliées par de courtes lignes droites. La puissance est toujours transmise avec précision – l'essieu arrière est positionné pour parer à toute éventualité – et les intentions du véhicule sont clairement communiquées. Pourtant, même s'il n'était pas assuré pour 1,6 million d'euros, ce n'est pas une voiture que l'on conduit à tout va. Elle ne cherche pas à flatter vos capacités, mais plutôt à vous imposer sa volonté et à vous faire rouler vite, mais sans extravagance. J'ai beaucoup apprécié cette Aston.
Même si sa carrosserie a été conçue par des Italiens et son moteur par un Polonais, cette voiture revêt une importance culturelle considérable pour la Grande-Bretagne, avec un prix qui ne lui est pas tout à fait à la hauteur. C'est l'une des plus grandes voitures de route de tous les temps de la marque, mais quelques minutes après m'être installé derrière son volant familier cerclé de bois, j'ai oublié sa valeur. Notre rencontre s'est résumée à une voiture puissante, d'une beauté à couper le souffle, magnifiquement conçue et rapide, qui vous donne l'impression de conduire bien plus qu'un simple moyen de transport.
J'espère donc que le propriétaire de cette Aston Martin DB4GT l'utilise, l'apprécie et en profite pleinement. Sa valeur pourrait la condamner à une existence stérile, typique de nombreuses voitures trophées, à prendre la poussière dans un garage souterrain ou un hangar chauffé, à être adulée, parfois admirée, mais plus souvent exhibée que conduite.
Et ce serait dommage.
Fiche d'information
Aston Martin DB4GT
- Vendu/nombre construit 1959-1963/75
- Châssis en acier de construction avec panneaux en alliage sur tubes Superleggera
- Moteur tout en alliage, double arbre à cames en tête, six cylindres en ligne de 3670 cm3, double allumage, trois carburateurs Weber 45DCOE9
- Puissance maximale 302 ch à 6000 tr/min
- Couple maximal 366 Nm à 5000 tr/min
- Suspension : avant double triangulation, amortisseurs télescopiques arrière essieu rigide, bras parallèles, liaison Watt, amortisseurs à double effet Armstrong à bras de levier ; ressorts hélicoïdaux avant/arrière
- Direction à crémaillère
- Freins Disques Girling
- Longueur 4362 mm
- Largeur 1676 mm
- Hauteur 1321 mm
- Empattement 2362 mm
- Poids 1227 kg
- 0-100 km/h 6,4 secondes
- Vitesse maximale 245 km/h
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